Les confidences de Ion Izagirre

Les confidences de Ion Izagirre

Publié le : 13/10/2026

De Bergame à Côme, pendant 239 km d’asphalte et de souffrance, Ion Izagirre a vécu la dernière course de sa carrière. Ion a fait du Ion : il est allé au bout de lui-même, roulant avec une fracture au poignet pour s’offrir ce dernier frisson. L’équipe a tenu à l’honorer, toute la journée, avec un vélo spécial fourni par Look et de multiples attentions jusqu’à la venue de sa famille, le soir, pour partager un repas avec le staff et les coureurs. Hier, de retour chez lui, le Basque est revenu sur le week-end, sur son état d’esprit et sur la suite. Témoignage d’un grand champion.


Ion Izagirre : « Je sais tout ce que le cyclisme m’a donné »

Mathilde L'azou

Qu’est-ce que tu retiens de ton dernier week-end de course ?

Il y a eu beaucoup, beaucoup d’émotions. J’ai en tête la venue de ma famille et de mes proches, le vélo offert par Look et puis mon état physique avant d’y arriver. Malgré ma fracture, je voulais aller au bout. J’en avais besoin pour terminer ma carrière sportive comme il se doit. Tout était si spécial : c’est un week-end dont je me souviendrai pour le reste de ma vie.

Comment tu as réussi à surmonter la douleur au poignet ?

Encore une fois, je voulais terminer comme ça. J’ai eu la chance d’être très bien épaulé par l’équipe et les médecins. On a pu constater que je pouvais courir, que la fracture était minime. Mais la vérité, c’est qu’en course, ça a été douloureux. Le Tour de Lombardie est tellement difficile, avec ses six heures de course, et la douleur était bien présente. Mais je voulais aller au bout, coûte que coûte, j’avais envie de ça pour finir en beauté.

« Pour tenir, savoir surmonter les moments durs »

Tu as réalisé à 37 ans une incroyable saison (deux victoires, 7e de Paris-Nice, 4e du Tour du Pays basque). Comment tu l’expliques ?

Je ne sais pas si je l’espérais en début de saison. Je crois que j’avais envie de me faire plaisir tout le temps. Il y a sans doute une influence psychologique, le fait de rouler en étant plus libéré. Je me sentais plus léger, j’abordais tout avec moins de pression, les entraînements comme les courses. Mais je n’ai pas eu l’impression d’avoir beaucoup changé d’approche… Quoi qu’il en soit, je suis super content d’avoir pu donner autant au cours de cette dernière année.

Plus globalement, comment tu expliques être resté à un aussi bon niveau pendant les 17 ans de ta carrière ?

C’est difficile d’y répondre. Je pense qu’il faut avoir la bonne mentalité, de l’ambition, avoir faim de compétition et savoir surmonter les moments les plus durs. Il faut savoir faire face aux chutes, aux maladies, aux problèmes personnels, les surmonter et toujours se battre pour donner le meilleur.

Est-ce qu’il y a une approche différente en tant que coureur basque ?

Ce que je sais, c’est qu’ici, le cyclisme se vit avec beaucoup d’enthousiasme et beaucoup de passion.  Après, chacun a sa propre façon d’aborder les courses et de mener sa carrière. C’est un hobby, certes, mais qui se transforme en travail. Il faut savoir gérer les différents moments de sa vie et ça n’a rien de facile. C’est aussi pour ça que le cyclisme ressemble à la vie.  

@mahildelazou

« Avec Cofidis, c’est une chance de connaître une telle stabilité »

Tu as eu la sensation que le cyclisme a beaucoup changé durant ta carrière ?

Oui, je crois qu’il a beaucoup changé mais la vie aussi. Plus ça va, plus on est précis en matière de planning d’entraînements, de matériel, de nutrition… Mais au final, la base reste la même ! Il y a eu des changements bien sûr, une nouvelle ère qui a émergé progressivement. À titre personnel, j’ai essayé de m’y adapter à ma manière au fil des années.

Tu as passé cinq saisons chez Cofidis. Comment tu décrirais l’équipe ?

C’est l’équipe où je suis resté le plus longtemps dans ma carrière. Quand je suis arrivé, c’était un changement radical, même culturellement, en intégrant une équipe française. Mais l’intégration s’est très bien passée, on m’a accueilli les bras ouverts. Cofidis a une tradition avec des coureurs et des membres du staff espagnols et ça a forcément aidé. C’est une équipe historique, avec une grande longévité et des années d’expérience. En ces temps difficiles, c’est une chance de connaître une telle stabilité. Que tu sois coureur ou membre du staff, tu sais que c’est un projet qui s’inscrit dans la durée, un projet de vie.

Que souhaites-tu à l’équipe à l’avenir ?

Je ne peux que lui souhaiter le meilleur ! Je pense à tout le monde, à mes coéquipiers, à chaque membre du staff, à tous les visages que j’ai croisés. Je suis persuadé qu’en continuant à travailler, à grandir, à avoir un état d’esprit irréprochable, l’équipe pourra continuer à grandir et à vivre de belles émotions.

À titre plus personnel, à quoi va ressembler ton avenir ?

Pour l’instant, je n’ai pas de plan précis. J’ai envie de prendre du temps, au moins la première année, pour être à la maison avec mes filles et ma femme. Je veux vivre le quotidien à leurs côtés.  Ensuite, je verrai à quoi peut ressembler la suite. Je sais que ce ne sera pas forcément facile, qu’il faudra combler le manque de compétition. Je sais tout ce que le cyclisme m’a donné mais j’ai surtout envie de profiter et d’être aux côtés de ma famille.