Publié le : 21/04/2026
À l’heure de la pause-déjeuner, la team Cofidis prend un moment pour échanger avec ceux qui font l’équipe. Avec "A l'abri du vent", on met la course de côté quelques minutes pour écouter et prendre le temps. Aujourd’hui, partons à la rencontre de Gatien Le Rousseau.
Raconte-nous ton parcours avant d'arriver pro chez Cofidis.
Je ne suis pas né handicapé. J’ai eu une scolarité normale jusqu’au lycée. En seconde, j’ai eu mon premier accident : il m’a paralysé le pied droit. Deux ans plus tard, à la fin du lycée, j’ai perdu l’usage du pied gauche. Avant tout ça, je voulais entrer dans l’armée. Mon rêve, c’était de sauver des gens. Mais j’ai dû abandonner ce rêve.
Lors de ma deuxième rééducation, le côté médical m’attirait déjà un peu. Le corps humain m’intéressait. On m’a parlé du handisport, de ce handicap, de cette paralysie… Pour un jeune de 18 ans, c’était un peu brutal. J’ai mis du temps à l’accepter. Mais je me suis dit que c’était un moyen de me motiver, de retrouver un sens à ce que je faisais.
Avant mes accidents, je faisais un peu de triathlon et un peu de handball. Mais je ne pouvais plus courir, donc il fallait choisir entre la natation et le vélo. J’ai choisi le vélo : il y avait plus de liberté sur les routes, l’environnement me plaisait. J’ai passé huit mois à l’hôpital, et je suis sorti en janvier 2021. En juillet, je participais déjà à ma première course en e-sport, en paracyclisme. Rapidement, Cofidis m’a recruté en tant que stagiaire. Pour eux, c’était un pari sur l’avenir, et ça a plutôt bien payé : trois ans plus tard, j’étais aux Jeux olympiques et j’ai continué sur ma lancée.
Comment as-tu vécu le fait d'avoir ta paralysie ?
Le premier accident, je l’ai vécu à 16 ans. Je ne comprenais pas vraiment ce qui m’arrivait : mon pied ne marchait plus. Je boîtais un peu, c’était étrange, mais j’ai continué le lycée. Le deuxième accident a été beaucoup plus dur : j’ai été opéré trois fois et je n’arrivais pas à récupérer la flexion du genou. Mentalement, c’était compliqué. Là, j’ai vraiment dû intégrer les mots « handicap », « fauteuil »… C’était un monde étrange, mais en réalité, il touche beaucoup plus de gens qu’on ne croit.
Parle nous d’un moment marquant dans ta carrière ?
Dans ma carrière de cycliste, il y a eu beaucoup de moments marquants. Le plus décisif, c’était quelques semaines avant les Jeux, lors d’une course locale avec mon père. Il y a eu une énorme chute, le chaos total, et c’est là que j’ai reçu l’appel : « Gatien, tu es sélectionné pour les JO ! » Je n’ai pas pu célébrer comme je voulais, mais ce moment a été un vrai tournant. Pour moi et pour ma famille. Mon père était à côté, c’était un moment de fierté.
Comment est née ta passion du vélo, du cyclisme ? En faisais-tu avant ?
Ma passion pour le vélo est née avant mes accidents, dans l’optique de progresser pour le triathlon. Mon grand-père et mon père étaient cyclistes, j’ai toujours suivi un peu le sport, même si je n’ai jamais eu la culture cycliste comme certains. J’aime ce sport, j’aime ma position sur le vélo. Peut-être que je n’en ferai pas encore à 60 ans, mais j’aime ce que je fais aujourd’hui.
Est-ce que tu pourrais dire quelque chose sur toi que personne ne sait ?
Il y a des choses que personne ne connaît de moi : je suis fasciné par le corps humain et la biologie. En ce moment, j’ai une petite lubie, l’apnée. Tous les matins, dans mon lit, je m’entraîne à retenir ma respiration. Mon record est de 2’03. C’est contre-intuitif par rapport au vélo, où l’on cherche toujours à avoir le plus d’air possible, mais ça me passionne. J’ai même rencontré une championne du monde, et j’espère faire une séance avec elle à Nice.
As-tu une personne qui t’a inspiré dans le monde du vélo ?
Dans le vélo, je ne suis pas inspiré par une personne en particulier, mais par tout ce qui touche à la performance et à l’innovation : les matériaux, les techniques, les tests… J’aime savoir comment les équipes poussent leurs coureurs au maximum et appliquer ça à moi-même. Mon objectif n’est pas de battre les autres, c’est de me battre moi-même, de voir jusqu’où mon corps peut aller.
Comment concilies-tu études et carrière sportive de haut niveau ?
Je suis aussi étudiant, et j’ai la chance d’avoir une école très conciliante. Mon emploi du temps est aménagé : le vélo reste ma priorité. Les études, ce sera pour plus tard. Elles m’apportent aussi un socle social. Quand ça ne va pas sur le vélo, je vais en cours et je me change les idées.
Écoutes-tu de la musique pendant tes entraînements ?
Ma musique évolue aussi. Avant, j’écoutais beaucoup de techno pour me motiver et monter en énervement. Maintenant, je tends vers quelque chose de plus calme, pour travailler sur un bouton on-off : échauffement chill, puis explosion mentale sur la ligne de départ.
As-tu un lieu d’entraînement préféré ?
Pour m’entraîner, j’aime Nice pour le climat et Tignes pour la montagne.