Publié le : 27/01/2026
À l’heure de la pause-déjeuner, la team Cofidis prend un moment pour échanger avec ceux qui font l’équipe. Avec "A l'abri du vent", on met la course de côté quelques minutes pour écouter et prendre le temps. Aujourd’hui, partons à la rencontre de Arthur Quilliec.
Comment arrive-t-on à diriger une équipe féminine au plus haut niveau ?
Je suis arrivé dans l’équipe féminine de Cofidis en 2022, dès sa création. Avant ça, j’avais déjà passé plusieurs années à travailler pour le cyclisme féminin, notamment au sein de l’équipe de Division Nationale du comité de Bretagne, où j’ai exercé pendant trois ans.
Encore avant, j'encadre les catégories U19 et U17, toujours pour le comité de Bretagne, en parallèle de mon premier poste où j’étais chargé du VTT. À cette époque, je m’occupais aussi beaucoup des plus jeunes, les U15 et U13, ce qu’on appelait alors les minimes-cadettes.
Entre 2015 et 2017, on a initié de nombreux projets pour ces jeunes filles. Quand je regarde aujourd’hui certaines coureuses évoluer au plus haut niveau, je me dis que ce travail de fond a porté ses fruits. On ne gagne pas tout de suite, mais on gagne sur le long terme.
J’ai presque toujours travaillé avec les femmes, dans toutes les catégories. J’ai commencé à encadrer assez naturellement, dans mon club, sans objectif précis de carrière.
Mon fil conducteur est resté le même : accompagner, structurer, faire grandir. Ce n’est pas un hasard si je me retrouve aujourd’hui ici.
Tu t’imaginais devenir directeur sportif ?
Non, pas du tout.
Ce que je faisais avant, c’était surtout de l’analyse, beaucoup de travail sur le matériel, la position. C’est encore quelque chose de très important pour moi aujourd’hui.
Je n’entraîne pas directement les athlètes, mais j’entraîne l’équipe. Faire en sorte que tout fonctionne, que chaque détail soit optimisé, c’est essentiel. Être directeur sportif, ce n’est pas faire une seule chose, c’est être capable d’en faire beaucoup.
Être directeur sportif, ça consiste en quoi réellement ?
On est un peu les chefs d’orchestre. Notre rôle, c’est de faire en sorte que tout s’harmonise : la logistique, la stratégie, l’humain. Sur les courses, on définit les briefings, on gère les relations avec les coureuses avant, pendant et après l’épreuve.
Mais le rôle va bien au-delà de la course. Un stage, par exemple, c’est une autre dynamique. Il faut que tout fonctionne bien pour que les athlètes puissent se concentrer uniquement sur la performance. Comprendre chaque corps de métier, chaque contrainte, c’est indispensable.
Comment gère-t-on 15 personnalités différentes ?
Nous sommes trois directeurs sportifs chez les femmes. Chacun suit un groupe de cinq coureuses au quotidien. Cela crée un lien plus régulier, plus humain.
Il n’y a pas deux athlètes qui fonctionnent de la même manière. Parfois, il faut pousser. Parfois, il faut écouter. Parfois, il faut simplement être présent. C’est une question d’empathie, de compréhension.
Si tout se passait toujours bien, ce ne serait pas normal. Les tensions font partie du métier. L’important, c’est qu’à la fin, les choses avancent dans le bon sens.
Quand les résultats sont bons, tout est simple. Quand ils ne le sont pas, c’est là que notre rôle prend tout son sens. Il faut identifier ce qui ne va pas, poser les bonnes questions, travailler avec les entraîneurs et les autres directeurs.
Parfois, c’est rapide à corriger. Parfois, on met six mois à comprendre. Plus on reste longtemps dans une dynamique descendante, plus il est difficile de la renverser.
Que se passe-t-il quand une coureuse ne se sent pas bien le matin d’une course ?
Ça dépend. Parfois, c’est juste un mauvais ressenti au réveil. Parfois, c’est plus profond : ça peut être de la fatigue, de la maladie, une accumulation de petites choses... Le départ d’une course est presque toujours compliqué. Il faut du temps pour se mettre en route.
Notre rôle, c’est de distinguer ce qui relève du ponctuel, et ce qui est structurel. On ne maîtrise pas tout, mais on essaie d’éliminer un maximum de facteurs. Ce ne sont pas des machines.
Quel est ton rôle pendant la course ?
En course, on est en voiture. On dépanne, on ravitaille, on rassure. On communique beaucoup par radio : sur les dangers présents sur la route, le parcours, les virages, les montées, la tactique à adopter...
On utilise ce qu’on a vu en reconnaissance, ce qu’on voit à la télévision, ce que les coureuses nous renvoient. La stratégie évolue en permanence. Parfois, c’est une grande décision à prendre. Parfois, juste un détail à ajuster.
Y a-t-il eu un moment marquant ?
Oui. Le titre de championne de France de Victoire Berteau reste un moment très fort. Il y a aussi des moments plus difficiles, liés aux chutes, aux blessures. Ça fait partie du métier. On vit avec.
Ce que le public ne voit pas ?
Beaucoup pensent que c’est un métier de passion, presque facile. C’est vrai que c’est une chance énorme, mais ça reste un métier. Il y a des contrats, de la pression, beaucoup de déplacements..
Préparer une course, c’est plusieurs jours, voire plusieurs mois de travail. Les compositions d’équipe, les calendriers, les plans A, B, C… tout se pense et s’anticipe bien avant le jour J.
Pourquoi continuer malgré les contraintes ?
Parce que rien ne se ressemble. Les courses changent, les personnes changent, les problématiques évoluent sans cesse. Cette variété est mon moteur.
C’est aussi un mode de vie particulier. Je suis absent environ 140 jours par an. Pour certains membres du staff, c’est encore plus. Ce n’est pas toujours simple à faire comprendre à l’entourage.
Ce n’est ni mieux ni moins bien qu’un autre mode de vie. C’est un choix de vie. C’est mon choix.