Ion Izagirre s’en va, et avec lui une certaine idée du cyclisme

Ion Izagirre s’en va, et avec lui une certaine idée du cyclisme

MATHILDE L'AZOU

Publié le : 09/10/2026

Voilà, c’est fini… Après 17 saisons chez les professionnels dont cinq sous nos couleurs, Ion Izagirre ne sera plus coureur cycliste.


Il a débarqué dans le Nord avec la discrétion qui fait la réputation des Basques. Boucle noire à l’oreille, et pas un mot de français au vocabulaire. Un sacré pari pour celui qui sortait d’une saison auréolée d’un podium final à Paris-Nice, et d’un titre de champion d’Espagne du contre-la-montre.

 

Que restera-t-il de son passage à Cofidis ? Des résultats, déjà. Victoires d’étape au Tour du Pays Basque, chez lui, des places d’honneur sur Paris-Nice, à San Sebastian, un record de succès sur le Gran Premio Miguel Indurain, cette étape sur le Tour de France… On pourrait vous en faire une liste détaillée, mais l’essentiel est ailleurs. De ses cinq années au sein de notre formation, il restera surtout des valeurs. 

 

Celles d’un coureur discret, mais vaillant. Qui ne lâche jamais rien. On gardera en mémoire sa première victoire avec les couleurs de l’équipe. L’étape finale du Pays Basque arrivait à Arrate, non loin de chez lui. En chutant à la flamme rouge, beaucoup auraient rendu les armes, logiquement abattus. Mais Ion Izagirre n’est pas fait de ce bois. Il est remonté sur le vélo, s’est battu pour rentrer sur la tête de course. Il savait qu’il fallait basculer en tête au dernier virage pour s'imposer. Et c’est ce qu’il a fait.

 

S’il n’y avait que les victoires… Encore au printemps dernier, sortant d’une campagne ardennaise prometteuse, notre guerrier basque de 37 ans prenait le départ de la Doyenne avec des ambitions légitimes. Et bam. Une chute après cinq kilomètres de course. Qu’importe. Cuissard déchiré, corps en vrac, Ion se bat. Comme toujours. Après plusieurs heures de selle et plus de 4000 mètres de dénivelé positif, il arrive à Liège en sprintant pour la troisième place.

 

“Oh, mais c’est Ion !”, est une phrase que nous avons souvent sorti en attendant nos coureurs sur les lignes d’arrivées. Comme ce jour d’octobre 2024, après une saison compliquée, où il termine quatrième du Tour de Lombardie, après avoir bataillé pour le podium. Ou comme sur Paris-Nice, terroir de grimpeurs, où il a multiplié les places d’honneur, souvent à quelques encablures des futurs vainqueurs de Grands Tours. Très proche des sommets, mais jamais assez pour prendre totalement la lumière.

 

Pourtant, il y a eu ce 13 juillet 2023. Ce jour-là, Ion Izagirre et l’équipe se sont retrouvés sous le feu des projecteurs du monde entier. A 34 ans, après une épopée solitaire d’une trentaine de kilomètres, le natif d’Ormaiztegi remportait sa deuxième victoire d’étape sur le Tour de France. La plus belle, la plus grande. Les frissons, partagés par toute une équipe qui ce jour-là, a longuement pleuré de bonheur.

 

Souvenez-vous de cette image, en avril dernier : dans l’ultime montée du Gran Premio Miguel Indurain, Ion lâche Quinn Simmons et s’envole vers la victoire. Sur le côté gauche de la route, un certain Raul. L’assistant qui ne l’a jamais quitté depuis ses débuts chez Cofidis. L’homme de l’ombre, qui accompagne tous ses stages et ses grandes courses. Raul l’encourage, avant d’exulter. Il sait. Il pleure. A des milliers de kilomètres de là, en Belgique, l’équipe féminine attend la cérémonie protocolaire de la NXT Classic, où Dideriksen a terminé 3e. Le staff est sur les téléphones, et le streaming tourne en boucle sur le final de l’épreuve basque. Tous se regardent, sans un mot, en montrant juste l’état de leurs bras : les frissons, même à distance. Les mêmes sentiments se sont emparés des membres du staff lors de ce doux mois de septembre, quand Ion venait s'imposer sur le Mémorial Marco Pantani. Un deuxième succès dans la saison, et une façon parfaite de conclure sa carrière.

 

Car en début d’année, Ion Izagirre l’avait décidé : cette saison serait sa dernière. Encore quelques mois de sacrifices, à ne pas voir grandir ses enfants, avant de raccrocher et de retourner à la vraie vie près des siens. Après 17 années consacrées à suivre ses rêves et embarquer les autres avec lui, une nouvelle vie débute. Ce chapitre se conclura demain, sur les routes de Lombardie. Une épreuve qui lui a si bien réussi ces dernières années (4e en 2024, 13e en 2025). Une dernière occasion de briller sur un Monument, avant de se retirer. Une fracture du poignet, détectée après une chute à l'entraînement la semaine dernière, a bien failli en décider autrement.

 

L'avant-bras muni d'une attelle, fort d'un vélo spécialement conçu pour l'occasion, notre guerrier basque sera ainsi au départ de son ultime Monument. Prêt à serrer les dents, et partir en beauté. 

Merci pour tout Ion, que la dernière page de ce chapitre soit belle !