A l'abri du vent :  Mathilde L'Azou

A l'abri du vent : Mathilde L'Azou

@LAzou / Team Cofidis

Publié le : 15/09/2026

À l’heure de la pause-déjeuner, la team Cofidis prend un moment pour échanger avec ceux qui font l’équipe. Avec "A l'abri du vent", on met la course de côté quelques minutes pour écouter et prendre le temps. Aujourd’hui, partons à la rencontre de Mathilde L'Azou.


Ton parcours est assez hors norme. Comment tout a commencé ?

Très tôt. À 14 ans, j’ai fait mon premier Tour de France… en tant que journaliste.

J’avais gagné un concours qui permettait à six jeunes de 14 à 16 ans, Français, Belges et Luxembourgeois, de suivre le Tour comme jeunes reporters. Il y avait des épreuves écrites, des tests, des entretiens à Paris. Et une fois que j’ai mis un pied dedans, je n’en suis jamais vraiment sortie.

À partir de là, tout s’est enchaîné. J’ai continué à travailler pour un site dès l’adolescence, je me suis mise à la photographie, j’ai passé mon bac à 16 ans, puis je suis entrée directement en école de journalisme. À 19 ans, France TV Sport m’a proposé un contrat à la sortie de mes études.

Depuis maintenant une dizaine d’années, je parcours les routes en tant que photographe, journaliste, community manager et commentatrice. Toujours dans le sport, à 90 %.

 

Aujourd’hui, quels sont exactement tes rôles ?

Je suis photographe et community manager pour l’équipe Cofidis.

Je travaille aussi pour la Fédération Française d’Athlétisme, pour (OC Sport )sur des triathlons et des courses à pied en Suisse et dans le nord-ouest de la France. Je suis également commentatrice TV pour France 3.

Et je m’occupe aussi de la communication du Chrono des Nations.

Ça fait beaucoup de casquettes, mais ce sont des univers que j’aime profondément.

 

Comment es-tu arrivée chez Cofidis ?

À l’origine, ce n’était pas prévu. Avec France TV Sport, je devais réaliser une série qui suivait Cofidis tout au long de la saison, avec en point d’orgue  le Tour de France. J’étais en charge de ce projet.

Je venais donc aux stages de décembre et janvier avec une équipe de tournage. Et en parallèle, j’amenais aussi mon appareil photo pour prendre quelques clichés. C’est comme ça que j’ai rencontré Florent Poleyn. Il a vu ma manière de travailler, ma polyvalence, et les choses se sont faites naturellement. En 2018, j’ai rejoint officiellement l’aventure Cofidis.

 

T’imaginais-tu exercer ce métier si jeune ?

Pas vraiment. À 14 ans, je n’avais pas eu le temps de me poser ce genre de questions. J’aimais dessiner, le stylisme m’attirait, j’ai aussi pensé  à être professeure. Mais le journalisme, c’est quelque chose qui m’a toujours intriguée.

Avec le temps, j’ai affiné mon regard. J’ai appris la photo seule, développé ma propre patte. Le community management est arrivé plus tard, presque naturellement, avec l’évolution des réseaux sociaux.

À France TV Sport, j’ai lancé les premières stories Snapchat, les premiers Facebook Live. On m’envoyait sur des événements comme Paris-Roubaix ou les Jeux Olympiques en mode crash test : si ça marchait, on continuait.

 

Qu’est-ce qui te motive au quotidien ?

Raconter une histoire.

Mettre en valeur les gens, pas uniquement pour leur performance, mais pour ce qu’ils sont. On n’a pas tous le même regard sur une victoire, sur un moment fort, sur une émotion. Et je trouve ça important de pouvoir raconter ces instants à ma manière.

Être témoin de grands événements sportifs, c’est une chance. Les raconter avec sincérité, c’est une responsabilité.

 

Concrètement, quel est ton rôle sur une course comme le Tour de France ?

Avant la course, je capte l’ambiance : le réveil de l’équipe, les sourires, le matériel, la ville d’accueil. J’envoie rapidement des contenus à l’équipe communication qui travaille à distance.

Au départ, je continue avec les signatures, les moments dans le bus, l’“inside”. J’aime montrer ce que le public ne voit pas : les moments drôles, les instants de concentration, les petits rituels.

Ensuite, je vais souvent à un point ravitaillement, puis à l’arrivée. Et là, il ne faut pas se rater. Une victoire, une attaque, une déception… Les émotions sont brutes.

Le travail ne s’arrête pas à la ligne d’arrivée. À l’hôtel, je trie, je retouche, j’envoie les photos aux coureurs, aux partenaires, je publie les contenus pour Cofidis. Les journées sont longues, mais j’aime maîtriser ce que je raconte et comment je le raconte.

 

Quelle relation entretiens-tu avec les coureurs ?

Une relation de confiance.

Je dois être proche sans être intrusive. Je n’ai aucun rôle dans la stratégie sportive, donc ils peuvent me parler librement. De leur famille, de leurs doutes, de tout et de rien.

Les stages de décembre sont essentiels pour créer ce lien, surtout avec les nouvelles recrues. Ils apprennent à voir comment je travaille, que je sais attendre, écouter, respecter.

 

Un moment particulièrement marquant chez Cofidis ?

Il y en a plusieurs, mais une semaine reste gravée.

Le samedi, Victoire Berteau devient championne de France à Cassel. Je sentais dès le matin que quelque chose allait se passer. Quand elle gagne, c’est une explosion de joie. On célèbre tous ensemble.

Une semaine plus tard, Victor Lafay gagne sur le Tour de France. J’étais juste derrière la ligne, je n’avais même pas compris qu’il avait gagné. Et puis dix jours après, Ion s’impose à son tour.

Ces moments-là restent ancrés à vie.

 

Que souhaites-tu que les gens comprennent de ton métier ?

Que ce n’est pas juste appuyer sur un bouton.

Tout le monde peut prendre une photo. Être photographe, c’est chercher un angle, une émotion, une lumière. C’est retoucher, harmoniser, raconter.

Il y a tout un travail invisible, souvent tard le soir, pour produire des images qui deviendront des souvenirs. Et ça, on ne le voit pas toujours.

 

Comment gères-tu ta vie personnelle avec ce rythme ?

Ce n’est pas un équilibre classique. J’ai longtemps dit oui à beaucoup de choses, parce qu’il fallait se faire un nom. Aujourd’hui, j’ai trouvé un juste milieu.

Je sais à peu près où je serai à chaque période de l’année. Juillet, le Tour. Avril, les classiques. Mai, la Bretagne. Et parfois, il y a des surprises, des projets inattendus.

Ce sont des sacrifices, mais choisis. Je préfère vivre ce que j’aime plutôt que regretter de ne pas avoir osé.

 

Le fait d’avoir commencé si jeune ne t’a jamais fait peur ?

Non. Je suis assez naïve, dans le bon sens du terme.

Si j’avais trop réfléchi aux risques, je n’aurais rien fait. Plus j’ai peur, plus je me dis que c’est probablement la bonne direction.

À 14 ans, poser des questions en conférence de presse devant 300 journalistes, ça impressionne. Mais si tu attends de ne plus avoir peur, tu n’avances jamais.

 

Quel message aimerais-tu transmettre ?

Ne pas avoir peur de tracer son propre chemin.

Tout ne doit pas être fait tout de suite. Il faut parfois savoir dire non, attendre, continuer à apprendre.

Il y a très peu de personnes qui ont la chance de faire ce qu’elles aiment vraiment. Quand on l’a, il ne faut pas la gâcher. Même si ça ne ressemble pas à une vie “normale”.