A l'abri du vent : Jean-Luc Jonrond

A l'abri du vent : Jean-Luc Jonrond

@LAzou / Team Cofidis

Publié le : 28/04/2026

À l’heure de la pause-déjeuner, la team Cofidis prend un moment pour échanger avec ceux qui font l’équipe. Avec "A l'abri du vent", on met la course de côté quelques minutes pour écouter et prendre le temps. Aujourd’hui, partons à la rencontre de Jean-Luc Jonrond.


Pour commencer, peux-tu nous raconter ton parcours professionnel ?

J’ai d’abord eu une petite carrière de coureur amateur, puis j’ai eu l’opportunité de passer chez les professionnels entre 1990 et 1992.

Ma carrière pro a été assez courte, trois années seulement, mais j’ai quand même réussi à décrocher une victoire sur le circuit de la Sarthe, qui correspond aujourd’hui au Tour des Pays de la Loire.

Assez rapidement, on m’a proposé de devenir directeur sportif dans une équipe amateur, le club Lyon-Vauban à l’époque. J’y ai exercé ce rôle de 1994 à 1999.

À partir de l’an 2000, je suis passé directeur sportif chez les professionnels avec l’équipe Jean Delatour, avant d’intégrer Cofidis en 2008. D’abord en CDD, puis en CDI depuis 2011. Cela fait donc de nombreuses années maintenant chez Cofidis, et c’est une aventure très enrichissante.

 

 

T’imaginais-tu devenir directeur sportif ? Était-ce un objectif ?

Oui, assez rapidement. Même avant d’arrêter ma carrière de coureur, j’aimais déjà m’occuper des jeunes, l’aspect organisationnel, la transmission.

Quand l’opportunité s’est présentée, je l’ai saisie immédiatement. En parallèle, j’ai passé mes diplômes et mes brevets d’État, car je ne les avais pas au départ. C’est le cas de beaucoup d’anciens coureurs qui se reconvertissent dans ce métier. Tout s’est enchaîné assez naturellement.

 

Faut-il des diplômes spécifiques pour exercer ce métier ?

Oui, bien sûr. À la base, j’avais un métier totalement différent. J’ai fait des études en électromécanique et j’étais technicien dans ce domaine, ce qui n’avait rien à voir avec le cyclisme.

Mais quand on est déjà issu du milieu sportif, c’est plus simple de se reconvertir dans ce sport. J’ai donc passé mes diplômes et brevets d’État afin de pouvoir encadrer des équipes de manière professionnelle.

 

Qu’est-ce qui te motive encore aujourd’hui dans ce métier ?

Ce que j’ai toujours aimé, c’est accompagner des jeunes coureurs et les amener au plus haut niveau. C’est un vrai challenge.

Gagner des courses, bien sûr, c’est toujours une satisfaction, peu importe le coureur. Mais quand on récupère un jeune, qu’on le fait évoluer, franchir les étapes, et réussir au plus haut niveau, c’est encore plus gratifiant. Le côté formation est ce qui me plaît le plus.

 

Comment accompagnes-tu les coureurs au quotidien ?

En dehors des courses, je suis référent de plusieurs coureurs que j’accompagne tout au long de l’année. Il faut un contact régulier, suivre leur évolution, leurs programmes, en lien avec les entraîneurs.

Il est essentiel d’être à l’écoute, notamment dans les moments de stress, pour les aider à atteindre leurs objectifs.

En course, le rôle est assez similaire : amener le groupe le plus haut possible et viser la victoire. La communication est primordiale. Il y a un vrai aspect humain : parfois, un coureur ne se sent pas bien, et notre rôle est aussi d’être un soutien.

Il faut savoir dire les choses, mais sans braquer. Mettre les situations à plat permet à chacun de trouver sa place et d’aller vers le meilleur résultat collectif.

 

Quel est ton rôle avant, pendant et après la course ?

Avant la course, il y a tout le travail de préparation : l’étude des parcours est essentielle. À partir de là, on construit une stratégie avec les sept ou huit coureurs de l’équipe pour établir un véritable plan de bataille.

Le but est de transmettre clairement le message avant la course, puis de le faire vivre une fois que le départ est donné.

Après la course, on débriefe, mais jamais à chaud. Il faut laisser retomber la pression. Ensuite, on analyse collectivement et individuellement ce qui a bien fonctionné et ce qui peut être amélioré.

 

Te remets-tu parfois en question après une course difficile ?

Bien sûr. Aujourd’hui, on a la chance d’avoir la majorité des courses télévisées. Cela permet de revoir précisément les situations, car en voiture, on ne voit pas toujours tout.

Entre le ressenti des coureurs, le débriefing collectif et les images, on obtient une vision plus objective de ce qui s’est réellement passé. C’est indispensable pour progresser et rebondir sur les courses suivantes.

 

Comment le métier de directeur sportif a-t-il évolué au fil des années ?

Il a énormément changé. Chez les amateurs, puis dans les petites équipes professionnelles, on gérait beaucoup d’aspects administratifs, pas seulement le sportif.

À l’époque, il n’y avait pas toutes les applications actuelles. On travaillait avec des cartes routières, des stabilos, sans les données précises que l’on a aujourd’hui.

Avec le digital, la météo ultra détaillée, on est désormais dans une analyse très fine. Ces détails sont essentiels, notamment pour préparer un final de course, un sprint, un col, le placement ou les passages étroits.

Même sans reconnaissance sur le terrain, on peut aujourd’hui anticiper énormément de choses grâce à la technologie.

 

As-tu des moments particulièrement marquants dans ta carrière ?

Oui, notamment certaines grandes victoires avec Cofidis. Voir un coureur que l’on a accompagné depuis ses débuts gagner sur un Grand Tour, comme le Giro, puis confirmer sur le Tour de France, ce sont de grandes satisfactions.

En tant que directeur sportif, ce sont des moments très forts émotionnellement.

 

Comment arrives-tu à gérer ta vie professionnelle et ta vie personnelle ?

Mon épouse m’a toujours connu dans ce métier, donc elle était déjà habituée à ce rythme de vie nomade. Nous avons su gérer cela en famille, même lorsque les enfants étaient plus jeunes.

Aujourd’hui, ils sont grands, et ça n’a jamais été un problème majeur.

Quand arrive le mois d’octobre, on est content de se poser un peu à la maison. Et quand la nouvelle saison démarre, on est tout aussi heureux de repartir.

C’est un métier de passion, qui permet aussi de découvrir de nouvelles courses, parfois sur d’autres continents, avec d’autres cultures du cyclisme. Et ça, c’est toujours très enrichissant.