Publié le : 13/04/2026
Disputer son premier Paris Roubaix est un moment marquant pour toute la vie, le terminer encore davantage. Appelé de dernière minute, Benjamin Thomas a raconté à l'AFP cette aventure singulière qui nous replonge encore un peu dans l'Enfer du Nord
La découverte totale
«Je n'étais pas prévu au départ. Vendredi je suis encore au Pays de la Loire-Tour de Marne. Mais on a eu beaucoup de blessés donc l'équipe me propose de venir. C'est vraiment pour dépanner. Mais je ne connaissais aucun secteur pavé. Je n'ai même pas fait la reconnaissance. J'avais juste les conseils des gars qui m'ont dit: tu restes au milieu du pavé et tu laisses deux mètres de marge de sécurité devant toi».
Le début de la galère
«J'ai comme consigne d'aller dans l'échappée. J'essaye une ou deux fois. Mais ça roule tellement vite que sortir du peloton est quasiment impossible. Dans le premier enchaînement des secteurs pavés, il y a beaucoup d'incidents. Je fais un peu l'élastique. Après il y a un tournant lorsque Pogacar a sa crevaison (à 120 km de l'arrivée, NDLR). C'est vraiment le bazar parce que sa voiture nous double et s'arrête en plein milieu du secteur pour le dépanner. Bon, ça fait partie du jeu. Mais je passe quasiment 30-40 secondes pied à terre. C'est ‹game over› pour moi».
Arenberg
«La Trouée d'Arenberg, quand je découvre l'état du truc, je me demande comment on fait pour que les vélos sortent intacts. J'ai l'impression que mon vélo va casser en deux. Tous les dix mètres, il y a des cratères. Il n'y a aucun pavé qui est droit. C'est un champ de mines. Dans Arenberg, j'ai un peu peur, oui. Sur les autres secteurs, je n'ai pas vraiment de frayeurs, juste quelques petits dérapages. Mais je n'ose pas imaginer ce que c'est sous la pluie».
La souffrance sur les pavés
«A la fin, je souffre vraiment. Je m'entête à rester sur le pavé. Les autres passent sur les bas-côtés et remontent lorsqu'il y a un trou. Mais il faut vraiment connaître. Moi, si je fais ça, je me prends le trou et ça finit en salto. A Mons-en-Pévèle, je perds les roues du groupe et je finis tout seul les 40 derniers kilomètres. Enfin presque car à 10 kilomètres du vélodrome je reviens sur Noah Vandenbranden et on finit ensemble».
Quand je suis dans le Carrefour de l'arbre, je vois tous les gens exulter. Ils hurlent: ‹Van Aert a gagné, Van Aert a gagné !›. Je fais mes calculs: je sais qu'il me reste 16 kilomètres et 25 minutes pour finir dans les délais. On finit juste devant la voiture balai. Ils avaient déjà bien attaqué le protocole»
L'entrée sur le Vélodrome
«Je me fais un petit kiff, je monte à la balustrade, je profite un peu du public. C'était important de finir. Je pourrais dire que j'ai fini Roubaix au moins une fois dans ma carrière. Mais je ne suis pas sûr de revenir l'an prochain».
Le jour d'après
«J'ai un peu mal aux doigts, au dos. Quelques courbatures. Ça va, je m'en sors bien. Je suis fier de l'avoir fait. Je regarderai la course différemment à la télé. Je saurai ce qu'endurent les coureurs. J'ai été surpris par l'intensité. Normalement tu as toujours un moment où ça se pose. Là, ça roulait à une vitesse incroyable. Moi j'ai pété à près de 100 bornes de l'arrivée. Ceux qui font la course devant, c'est encore un autre délire. J'ai eu de la chance. Je suis passé un peu à travers des gouttes. Je n'ai même pas crevé. Mais derrière, tu as des galères qu'on ne voit pas à la télé. C'est vraiment une course terrible».