À l’abri du vent : Pierre Gazengel

À l’abri du vent : Pierre Gazengel

@mathildelazou

Publié le : 10/02/2026

À l’heure de la pause-déjeuner, la team Cofidis prend un moment pour échanger avec ceux qui font l’équipe. Avec "A l'abri du vent", on met la course de côté quelques minutes pour écouter et prendre le temps. Aujourd’hui, partons à la rencontre de Pierre Gazengel.


Comment ta passion pour le vélo est-elle née ?

Le vélo fait partie de ma vie depuis toujours. J’ai commencé très jeune, à l’âge de cinq ans. Je me souviens encore de mon premier vélo de course : un vieux vélo qui « couinait ». On m’entendait arriver avant même de me voir.

C’était le seul vélo disponible pour passer du VTT à la route, et malgré le bruit, c’est là que la passion est née.

Très tôt, j’ai rêvé de devenir cycliste professionnel. J’ai longtemps cru que ce serait possible. Mais en grandissant, j’ai dû me rendre à l’évidence : je n’avais pas forcément les capacités physiques nécessaires pour performer au plus haut niveau.

 

À quel moment as-tu compris qu’il fallait changer de voie sans quitter le cyclisme ?

Plutôt que d’abandonner le monde du cyclisme, j’ai décidé de tourner la page autrement. Je me suis demandé comment rejoindre le milieu professionnel d’une autre manière.

J’ai toujours aimé prendre soin de mon vélo, le nettoyer, le régler, comprendre comment il fonctionnait. La mécanique s’est imposée naturellement.

Je suis alors parti de zéro, en suivant une formation spécialisée dans la mécanique vélo. J’ai commencé en apprentissage au sein d’une équipe professionnelle, où j’ai appris le métier sur le terrain.

Après deux ans, j’ai ressenti le besoin d’un nouveau challenge. J’ai rejoint Cofidis, avec l’envie de continuer à apprendre, à progresser et à me confronter à l’exigence du très haut niveau.

Avec le recul, mon parcours me surprend encore. Même dans mon entourage, on me dit souvent que c’est assez fou. Plus jeune, je n’étais pas particulièrement scolaire, je n’imaginais pas un jour évoluer dans ce milieu-là.

J’ai changé ma manière de voir les choses, ma façon de travailler, ma rigueur. Jamais je n’aurais pensé occuper ce rôle aujourd’hui, au sein d’une équipe professionnelle, dans un métier qui me passionne autant.

 

Pourquoi ce métier est-il devenu une évidence pour toi ?

À chaque départ en course, je ressens la même chose : du plaisir. Quand on parvient à faire de sa passion son métier, il n’y a rien de plus fort.

On ne se lève pas le matin de la même façon quand on aime profondément ce que l’on fait.

C’est un métier exigeant, avec de longues journées, parfois de longues semaines loin de chez soi. Mais il y a énormément de points positifs : les voyages, la découverte de cultures différentes, l’intensité du sport de haut niveau.

La relation avec les coureuses est essentielle. Elle est basée sur l’échange, la confiance et la proximité.

Même si nous les côtoyons parfois moins que les assistants sportifs, nous passons beaucoup de temps ensemble, notamment en course, au plus près d’elles.

On apprend à les connaître, à savoir quand elles ont besoin de soutien, de réconfort, ou au contraire de calme. 

 

En quoi consiste concrètement ton rôle avant, pendant et après une course ?

Avant la course, il s’agit de préparer les vélos, d’aller au service course et de vérifier que tout le matériel nécessaire soit bien chargé dans le camion qui part sur les compétitions

Pendant la course, nous sommes au service des coureurs et de l’équipe. Il faut être prêt à intervenir rapidement et efficacement en cas de chute ou de problème mécanique.

Après la course, il faut ranger, vérifier ou reconditionner les vélos pour le lendemain, notamment lors des courses par étapes.

Le stress est forcément présent, mais pour moi, il est positif. C’est de l’adrénaline.

Lors d’un dépannage ou d’un changement de vélo, je cherche toujours à être plus rapide, à améliorer mon efficacité.

Ce stress doit rester maîtrisé. S’il devient négatif, il se transmet au coureur. Notre rôle est aussi de rester calme et rassurant.

Un coureur peut avoir les jambes de sa vie, être dans une forme exceptionnelle, et tout peut s’arrêter à cause d’un souci mécanique.

Notre mission est de tout anticiper pour éviter au maximum ces situations et permettre aux coureurs de s’exprimer pleinement.

 

Quels moments t’ont le plus marqué dans ta carrière ?

Il y a beaucoup de moments forts : des victoires, mais aussi le retour de coureuses après de lourdes chutes. Les revoir sur un vélo est toujours un moment particulier.

Le moment le plus marquant reste sans doute celui où j’ai senti que je n’étais plus un apprenti, mais un véritable salarié, pleinement intégré au sein d'une équipe professionnelle.

 

Qu’aimerais-tu que le public comprenne vraiment de ton métier ?

C’est un métier exigeant, sur le long terme, et souvent méconnu.

Quand on nous pose des questions, j’essaie toujours d’expliquer notre quotidien, notre engagement auprès des athlètes. Les journées sont longues, parfois difficiles, mais on vit des choses incroyables. C’est pour cela qu’on se donne toujours à 100 %.

Ce n’est pas toujours simple à gérer, car les déplacements sont fréquents. Mais quand la famille comprend que c’est une passion, tout devient plus facile. Et quand on se sent bien dans son équipe, l’équilibre se trouve naturellement.